Les différents visages de la fantasy

Les différents visages de la fantasy

De nos jours, en France, la fantasy est un genre moins mystérieux pour le grand public qu’il ne l’était au début du siècle dernier. Des années 1960 à 2000, elle s’est peu à peu démocratisée, notamment avec les traductions de sagas best seller telles que celles de David Eddings La Belgariade (1990) ou de Robin Hobb L’Assassin royal (1998) et des sorties au cinéma des adaptations de L’Histoire sans fin (1984), de Harry Potter à l’école des sorciers (2001) ou encore du Seigneur des Anneaux : la Communauté de l’anneau (2001), pour ne citer qu’elles.

Et pourtant, on retrouve souvent des confusions de termes pour désigner ce genre en France, la faute à un succès relativement récent. Retraçons l’histoire de cet univers littéraire qu’est la fantasy.

Le merveilleux, l’ancêtre de la fantasy

La Reine des neiges et quelques autres contes, Hans Christian Andersen, illustrés par Edmund Dulac (1911)

Au commencement, il y avait les contes. Un conte est un récit d’aventures imaginaires, destiné à distraire ou à instruire en amusant. Voilà une définition bien large (c’est celle du CNRTL), qui pourrait fort bien s’appliquer à une bonne partie de la littérature actuelle, en particulier la littérature destinée à la jeunesse. Mais Wikipédia ajoute qu’un conte se caractérise aussi par sa forme courte et rapide, se concentrant sur l’action, linéaire (sans retours en arrière), et invraisemblable. Notons que le conte n’est pas conçu pour les seuls enfants, mais bien pour tous.

Quand on parle de contes, on pense aux contes merveilleux, qui ne représentent en fait qu’une partie des contes. Le merveilleux ajoute un caractère magique au récit. Attention, il ne faut pas confondre le merveilleux (dont découle la fantasy) avec le fantastique. Dans un récit de fantasy ou dans un récit merveilleux, l’élément magique est accepté par le personnage principal et constitue quelque chose de tout à fait normal. Au contraire, dans un récit fantastique, l’élément magique reste inexplicable pour le personnage principal, et cela tout au long de l’histoire. Le fantastique joue sur la peur. Si cette dernière est très présente, on parlera même d’horreur comme pour la plupart des romans de Stephen King. Enfin, si l’élément magique est tout à fait explicable par la science (dès lors, il n’est plus magique), alors nous nous trouvons dans une histoire de science-fiction.

Ainsi, les Harry Potter sont bien des romans de fantasy : passé le choc de la rencontre avec le monde des sorciers, il n’y a plus rien d’étrange, de surnaturel, d’inexplicable pour Harry.

De même, il est courant d’associer les vampires et les loups-garous au genre fantastique. C’est un raccourci qui n’est que rarement valable dans les œuvres contemporaines. Twilight est un roman de fantasy urbaine et non un roman fantastique. Bella apprend tout du monde des vampires, jusqu’à (attention spoiler) en devenir une elle-même. Cet univers n’a plus ce caractère étrange, mystérieux et angoissant qu’il aurait eu si l’on avait été dans un roman fantastique tel que le très célèbre Dracula de Bram Stoker.

La parabole du chat

La parabole du chat parvient à expliquer facilement la différence entre ces genres de l’imaginaire.

Paul a un chat. Ce soir, après une dure journée de travail, Paul rentre chez lui. Son chat le regarde fixement et lui dit :

— Tu as pensé à m’acheter des croquettes ?

À partir de ce moment l’histoire peut se poursuivre différemment selon que l’on se situe dans un récit de fantasy, de fantastique ou de science-fiction.

— Et puis quoi encore, tu n’avais qu’à aller chasser la souris qui rode dans l’appartement depuis deux semaines ! répond Paul.

Ici, nous sommes dans de la fantasy. Pour Paul, le fait que son chat parle est tout à fait normal.

Paul regarde fixement son chat. A-t-il bien entendu son chat parler ? Il secoue la tête, se demandant s’il ne devient pas fou.

Ici, nous pourrions être dans un récit fantastique. Il faudrait voir la fin de l’histoire pour en être sûr, mais c’est en tout cas bien parti.

Paul s’approcha du matou, chercha le bouton « off » et le pressa. Les yeux du chat se mirent à clignoter avant de se fermer. Décidément, ce chat-robot était de plus en plus insolent !

Là, nous sommes évidemment dans de la science-fiction. C’est la science qui explique pourquoi le chat parle.

Un développement de la fantasy récent

L’essor de la fantasy prend forme au début du XXe siècle, avec les nouvelles parues dans Weird Tales (à partir de 1923) ainsi que dans d’autres revues américaines, puis avec la publication de Conan le Barbare, de Robert E. Howard, personnage emblématique du genre.

La fantasy connait ses lettres de noblesse en France auprès du grand public avec l’avènement de l’œuvre de Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, ainsi que le reste de ses ouvrages. Dès lors, la fantasy est associée à l’heroic fantasy, un sous-genre dans lequel le personnage principal tente d’accomplir une quête, côtoie des personnages issus de races différentes (bien souvent des elfes, des nains, des orcs), et évolue dans un univers (très souvent médiéval) où la magie existe, bien évidemment.

La fantasy est en réalité bien plus vaste, bien plus diversifiée que cela. Chez [erminbooks], nous comptons bien vous faire découvrir des histoires de fantasy qui relèvent de ces différents sous-genres et qui s’éloignent des clichés.

Dans les années 1960-1970, Arthur C. Clarke, grand auteur de SF (connu notamment pour avoir écrit 2001, L’Odyssée de l’espace), formula trois lois concernant la science-fiction.

  1. « Quand un savant reconnu mais vieillissant estime que quelque chose est possible, il a presque certainement raison ; mais lorsqu’il déclare que quelque chose est impossible, il a très probablement tort. »
  2. « La seule façon de découvrir les limites du possible, c’est de s’aventurer un peu au-delà, dans l’impossible. »
  3. « Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie. »

La 3e loi, la plus connue, évoque la frontière parfois floue entre la science-fiction et la fantasy. La différence entre les deux tiendra parfois simplement au point de vue adopté.

Des sous-genres de la fantasy

Les sous-genres de la fantasy sont donc nombreux et variés. Ces sous-genres ne s’excluent pas les uns des autres : il est tout à fait possible pour une œuvre de relever de plusieurs d’entre eux à la fois. Il existe plusieurs typologies possibles pour classer ces sous-genres. Essayons d’en décrire deux d’entre elles.

Classement selon la tonalité
Heroic fantasy (fantasy épique)

La fantasy épique, plus connue sous le nom d’heroic fantasy, fait donc la part belle à un personnage central qui doit accomplir une quête dont la survie de l’univers dépend. Exemple : Le Seigneur des Anneaux (J.R.R. Tolkien), L’Épée de vérité (Terry Goodkind).

Light fantasy (fantasy humoristique)

La fantasy humoristique ne se prend pas au sérieux. Elle joue sur les codes, sur les clichés, pour faire rire le lecteur. Exemples : Les Annales du Disque-monde (Terry Pratchett), Le Donjon de Naheulbeuk (John Lang), ou la série télévisée Kaamelott (Alexandre Astier).

Dark fantasy

La dark fantasy fait évoluer ses personnages dans un univers sombre, ou en tout cas très réaliste. Exemple : Le Trône de fer (George R. R. Martin).

Romantic fantasy

La fantasy romantique insiste sur l’intrigue amoureuse développée autour du personnage principal. Exemples : Princess Bride (William Goldman) qui relève aussi de la light fantasy, Le Cycle d’Avalon (Marion Zimmer Bradley), La Caverne de la rose d’or (d’après Italo Calvino).

Classement selon l’univers développé
High fantasy

La high fantasy voit ses histoires se dérouler dans un univers complètement cloisonné au notre, et où la magie est naturellement présente. Exemples : Lanfeust de Troy (Arleston/Tarquin), Graceling (Kristin Cashore).

Low fantasy

À l’inverse, la low fantasy voit plusieurs mondes se percuter, dont le nôtre (où bien un monde très similaire au nôtre) et un univers où la magie existe. Exemples : La Quête d’Ewilan (Pierre Bottero), Les Chroniques de Narnia (C. S. Lewis), À la croisée des mondes (Philip Pullman).

Fantasy urbaine

La fantasy urbaine adopte un cadre urbain et contemporain. Beaucoup d’histoires de sorcières, de vampires et de loups-garous appartiennent en fait au genre de la fantasy urbaine. Exemples : la série télévisée Charmed, la saga Psy Changeling (Nalini Singh).

Science-fantasy

En science-fantasy, l’histoire s’aventure aux frontières entre la science-fiction et la fantasy. Exemple : La Ballade de Pern (Anne McCaffrey).

Fantasy historique

La fantasy historique revisite une période de l’histoire pour y inclure des éléments de fantasy. Exemple : Les Lames du Cardinal (Pierre Pevel), Les Chroniques d’Alvin le Faiseur (Orson Scott Card), Téméraire (Naomi Novik).

Fantasy médiévale

L’immense majorité des œuvres de fantasy appartiennent à ce sous-genre puisqu’elle place l’histoire dans un univers médiéval. Attention, la fantasy médiévale n’est pas nécessairement de la fantasy historique : elle ne prétend pas réécrire notre histoire, mais s’inspire simplement du système social médiéval. Exemples : La Geste des chevaliers dragons (Ange/Varanda), Les Forêts d’Opale (Arleston/Pellet).

Fantasy arthurienne

On pourrait qualifier la fantasy arthurienne comme un sous-genre de la fantasy médiévale. Elle regroupe les œuvres s’inspirant de la légende arthurienne ou de la matière de Bretagne. Exemple : Le Cycle de Pendragon (Stephen R. Lawhead).

Cette liste de sous-genres n’est pas exhaustive : on pourrait trouver bien d’autres adjectifs pour qualifier l’univers développé dans les histoires de fantasy.

La Dernière Sorcière d’Imria

Notre prochaine publication sera un roman de fantasy, et plus précisément, de low fantasy. Nous vous laissons avec le résumé :

Charlie, orpheline ballottée de famille en famille, a survécu tant bien que mal à son enfance chaotique. Aujourd’hui adulte, elle s‘adonne sans remords au vol d’œuvres d’art et de bijoux, activité illicite dans laquelle elle excelle grâce à ses pouvoirs hors du commun. L’espièglerie et la nonchalance qu’elle affiche ne sont néanmoins qu’une facette de sa personnalité car au fond d’elle se cache une jeune femme seule et blessée qui exprime toute sa rage à travers les sports de combat. Quand un inconnu débarque pour la ramener de toute urgence dans son univers d’origine, celui où la magie existe, elle ne peut lui accorder sa confiance. Au nom de quoi devrait-elle tout risquer, alors que les siens l’ont abandonnée à son sort ?

La Dernière Sorcière d’Imria, de Manoë Paris, sera publié cet été.

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